Le peintre s'inscrit, qu'il le veuille ou non, dans une époque.
Qu'importe le sujet, puisque le propos du peintre se situe plus sur un
ressenti, sur le passage d'une émotion,
et ce malgré les contraintes liées à son temps ou à la fonction de l'oeuvre peinte.
Une peinture qui touche son contemporain, voici à mon sens une de ses
seules raisons d'être.
Pourquoi alors sommes nous tant ému devant une fresque paléolithique?
Peut-être simplement parce que nous sommes émus de nous même.
Voici bien là l'emmergence d'un questionnement philosophique sur notre
existence, notre condition.
La peinture est la trace du geste qui exprime l'esprit,
la preuve du conscient, la quête de l'inconscient.

Auroch Grotte de Lascaux 18 000 à 15 000 avant JC
A travers l' Histoire, quelques créateurs, pourtant ancrés dans leur époque,
nous parlent de nous, en nous donnant une part d'eux.
Ce sentiment de l'intime qui touche à l'universel,
cette traduction d'une époque, qui tend vers l'intemporel,
tout cela est particulièrement vrai dans l'oeuvre de Rembrandt.
Rembrandt Le philosophe en méditation 1632
Nous sortons de la caverne (celle de Lascaux ou celle de Platon...) pour aller
vers une lumière qui exprime bien la quête de l'humanité: celle de la connaissance et du questionnement.
"Défaire le sujet de ce qu'il a d'anecdotique
et le placer sous une lumière
d'éternité... l'infernale transparence de la blessure."
Jean Genet
Tout en s'occupant de l'esprit, Rembrandt nous parle de notre condition d'homme,
un animal pensant (?);
c'est particulièrement flagrant à propos de son boeuf écorché,
Cette viande, c'est notre propre corps.
A une époque ou la peinture cherchait le beau, Rembrandt provoque cette blessure pour dire le vrai.
Il ne parle plus alors d'esthétisme ou de divin, mais de l'acte de peindre et de notre condition d'homme.
La peinture moderne pourrait bien prendre naissance de ce tableau.
Rembrandt Boeuf écorché 1655
La lumière, théatrale, éclaire le drame à la manière d'un choeur antique;
ce faisant, le discours, amplifié, ira bel et bien se graver dans l'éternité.